Mesdames, Messieurs

Je vous present mon projet de recherche qui a été accordé par Mme. Irène Théry, mon proffesseur à EHESS (École des Hautes Études en Sciences Sociales) Marseille. Je suis très heureux car elle m’aide attentivement. Ce que je suis fier, bien que mon français ne soit pas très bien mais elle m’a dit qu’elle était contente de ma motivation pour écrire le projet avec le français. Et le résultat est comme ça (j’espère que vous pouvez tirer le message de mon recherche)…

Le Mouvement Queer après la démocratisation en Indonésie (1998 – 2008)

Dans le monde moderne, la forme dominante de l’action politique visant une certaine normalisation des identités sexuelles est, selon Michel Foucault, une biopolitique dont l’agent est l’État. La notion d’ « hétérosexisme » indique que l’hétérosexualité (notion apparue dans la seconde moitié du XIXe siècle) n’est pas conçue comme une simple orientation sexuelle mais comme l’incarnation de la « normalité » en matière d’identité sexuelle. Au plan politique , cela implique la stigmatisation de l’homosexualité, comme incarnation de l’anormalité à la fois personnelle et sociale.

À cause du rejet qui les vise, il est indéniable que la violence et le harcèlement sont des problèmes qui affectent toutes les formes de communautés homosexuelles à travers le monde. En tant qu’individus, les homosexuels ne sont toujours pas acceptés comme des citoyens à part entière. De là est né le terme « d’homophobie » qui vise toutes les attitudes négatives à l’égard des homosexuels telle par exemple la discrimination directe et indirecte visant toute personne dont l’apparence ou le comportement ne se conforme pas aux stéréotypes dominants de la masculinité ou de la féminité.

L’homosexualité en Indonésie

L’Indonésie moderne a hérité des  valeurs et représentations de l’Asie traditionnelle, dans laquelle elle a puisé nombre de règles, en particulier les règles coutumières, les habitudes et les usages qui régissent la vie quotidienne. Dans la société indonésienne traditionnelle, les femmes ont très clairement un statut social inférieur à celui des hommes. L’idée que l’espace spécifique de la femme est la cuisine est une idée encore très répandue, particulièrement dans les villages. À cause des représentations et des valeurs qu’ils ont héritées, les Indonésiens considèrent généralement l’homosexualité comme un ensemble d’actes anormaux, interdits par la morale et contraire aux religions. La force de ce préjugé est telle qu’il existe un véritable « danger systémique » pour les personnes homosexuelles au plan des traditions socioculturelles en Indonésie.

En Indonésie, en 1980, la communauté de transexuelle (Waria) a fondé une ONG intitulée LAMBDA, qui a été interdite en 1990. Cette organisation a agi de façon efficace pour la liberation de la communauté homosexuelle et plus généralement pour l’égalité dans la société. Concernant  cette lutte, l’année 1990 a vu aussi le développement en Indonésie de la pensée Queer, née aux Etats Unis, et dont la caractéristique est la critique des identités sexuelles en général, et spéficiquement de la bicatégorisation entre les identités hétérosexuelle et homosexuelle. Dans un contexte politique très difficile, les communautés homosexuelles ont eu le courage de s’exprimer publiquement, par exemple par la creation d’ONG ayant pour but de combattre l’idée que l’identité est une sorte d’essence immuable, par l’événement que fut la création du Queer Film Festival, ou encore par la multiplication des séminaires ou des colloques qui débattent de la communauté homosexuelle, du rôle qu’elle peut jouer dans la société et de la contribution qu’elle peut apporter à la culture contemporaine.

Quelles sont les raisons qui ont permis à la communauté homosexuelle d’exister ? Un des objectifs de notre travail est de montrer que diverses formes de sexualité sont partie intégrante de la mosaïque culturelle d’Indonésie, par exemple la culture de Bissu à Ouest-Sulawesi, Carok Warok à Est-Java, etc. Ces exemple expliquent que les mentalités sociales et culturelles sont peut être plus tolérantes à un certain niveau qu’on ne l’imagine quand on s’en tient au discours de surface. Ne pourrait-on pas dire que les Indonésiens connaissent la pensée queer depuis longtemps ? Une formule moins provocatrice serait de dire que l’on peut trouver, dans la tradition culturelle indonésienne, toute un ensemble de représentations de l’identité et/ou de la sexualité, qui ont des affinités avec la pensée queer en tant qu’elle critique une représentation bien particulière de l’identité sexuelle, née spécifiquement en Occident au XIXe siècle. De là l’hypothèse que, par delà l’internationalisation des concepts, il existe sans doute une version spécifiquement indonésienne du mouvement queer, qu’il serait important d’analyser. Quant aux personnes homosexuelles, comment précisément sont-elles acceptées dans la société et quels sont les principaux obstacles qui se trouvent devant elles ?

Au terme de la recherche, j’espère être en mesure de fournir des connaissances utiles à la compréhension tant de la condition homosexuelle en Indonésie, que des enjeux socio-politiques qui ont accompagné la lutte pour l’égalité des droits ces dernières décennies. Ce faisant, je souhaite contribuer au développement d’outils de sensibilisation à l’homophobie en Indonésie. Pour cela, notre travail ,dont la priorité sera clairement empirique souhaite contribuer aussi, au plan théorique, à penser l’articulation entre les paradigmes et concepts les plus classiques de l’analyse en sociologie et anthropologie et le questionnement le plus contemporain de la « pensée queer ».

Le développement de la pensée queer en Indonésie

La pensée queer est une pensée contemporaine influencée par la philosophie post-structuraliste et post-moderne. L’une des problématiques centrale en fut la critique de la notion d’identité par Michel Foucault. Pour ce philosophe, le pouvoir existe partout de façon diffuse dans les relations humaines, et dans l’ensemble du tissu des sociétés. Du fait de ces relations, il est indéniable que les inégalités, les asymétries et les distinctions ne cessent de se reproduire à travers les façons dont nous catégorisons les êtres et les relations. Et cela inclut les relations sexuelles, qui ne peuvent pas être considérées comme purement privées dès lors que la culture et la société reposent sur des conceptions hétérosexistes. Ayant été refoulée dans la « contre-nature » et l’obscurité, il est logique que la communauté homosexuelle ait eu besoin au départ d’une identité pour avoir une existence dans la société. Cette identité a assuré aux homosexuels une position dans leurs relations et leurs interactions sociales.Mais après le développement de la pensée queer, la communauté des militants n’a pu continuer de s’identifier en tant que « homosexuelle ». Les militants veulent obtenir l’égalité des droits, s’intégrer dans la société, mais sans se plier au discours classique de l’identité et sans revendiquer la différenciation entre l’homme et la femme. Certains considèrent que l’identité homosexuelle elle-même a été forgée par le discours de la société voire le discours de l’hétérosexisme. C’est pourquoi une personne  homosexuelle veut être identifiée comme <<qui est>> mais pas comme <<l’un de>>. Dans ce contexte est apparu le terme GenderQueer (GC) qui permet de dépasser les assignations de genre. Une personne homosexuelle ne s’identifie pas comme une personne anormale mais comme une personne qui dépasse les catégories traditionnelles de l’homme et la femme.

C’est pourquoi il est important de noter que la pensée queer critique le concept d’identité.

La Methodologie

La méthodologie de recherche a été définie en fonction des visées exploratoires de l’étude. Je voudrais souligner que cette recherche se déroulera principalement dans la capitale de l’Indonésie,  Jakarta, où se trouve une très importante communauté homosexuelle. Si cela s’avère necessaire l’enquête sera étendue à  quelques autres villes, par exemple Jogjakarta et Surabaya qui ont aussi la même grande communauté.  Dans cette recherche, j’utiliserai plutôt les méthodes de l’analyse ethnographique et de lanalyse sociologique qualitative , ainsi que l’étude de textes et documents permettant d’étudier les relations entre la culture indonésienne et la pensée post-moderne notamment la pensée queer.

Le cœur du travail d’enquête sera constitué d’un ensemble d’entretiens semi directifs avec les membres et responsables d’ONG, par exemple l’ONG GAYa Nusantara, l’ONG Arus Pelangi, l’ONG Jurnal Perempuan,  etc.  En vis à vis, on analysera également un ensemble d’organisations pro-gouvernementales, par exemple Komisi Nasional Hak Azazi Manusia (La Commission Nationale pour les Droits de l’Homme), Komisi Nasional Perempuan (La Commission Nationale des Femmes), Kementerian Pemberdayaan Perempuan (Le Ministère de Femmes), Kementerian Kehakiman dan Hak Azazi Manusia (Le Ministère de la Justice et le Droit de l’Homme), etc. Ces organisations gouvernementales sont hostiles à toute idée de communauté sexuelle et surtout à la communauté gaie et lesbienne.

Les entretiens semi-directifs seront replacés dans leur contexte socio-historique en particulier par l’analyse d’un ensemble de lois et de jurisprudences récentes en rapport avec la problématique de la sexualité et permettant au lecteur de comprendre quelles questions précises font débat en Indonésie aujourd’hui.